Je viens de passer trois jours et demi dans une île aux paysages magnifiques. En 82, je n'y étais venu qu'une seule journée, ce qui était bien sûr insuffisant pour apprendre à la connaître. Moorea passe pour être (presque) aussi belle que Bora Bora. Je ne suis pas vraiment d'accord avec ça. Si son relief, ses montagnes et pitons rocheux sont effectivement de toute beauté, je trouve que son lagon fait pâle figure à côté de celui de Bora Bora, voire même de Raiatea et Tahaa. Après la semaine de rêve passée à Hiva Oa, dans sa nature sauvage et préservée, la transition fut donc difficile.
Le Mont-Tautuapae
A Moorea, les touristes sont presque aussi nombreux que les moustiques... Et la pension dans laquelle j'ai logé s'est révélée la moins agréable des cinq qui se sont succédées durant mon séjour en Polynésie. Mais bon, tout cela est à relativiser (je ne regrette absolument pas d'y avoir passé quatre nuits), sans doute parce que les Marquises avaient placé la barre très (trop) haut)...
Plantation d'ananas
J'y suis arrivé le 27, peu après le coucher du soleil et via le ferry "Moorea Express", lequel relie Papeete à Moorea (17 km) en une demi-heure. Dès le lendemain matin, je partais à la découverte de l'île, à bord d'une voiture de location. Son pourtour, entièrement goudronné mais avec certaines parties en piteux état, fait 62 kilomètres. Le point le plus intéressant se situe très exactement au centre de l'île.
Vue depuis le "Belvédère"
Du "Belvédère", la vue est effectivement époustouflante : à gauche la baie d'Opunohu, à droite celle de Cook, les deux étant séparées par le Mont-Rotui (899 m). Toutes les montagnes de Moorea sont magnifiques et contribuent à la grande beauté de cette terre. Le Mont-Tautuapae (769 m) est pour moi le plus impressionnant, car se découpant clairement dans un environnement proche fait de collines beaucoup moins élevées...
Très présente en Polynésie, la Sterne huppée.
Baie de Cook
Ma pension n'assurant en subsistance que le petit-déjeuner, j'ai très vite trouvé un endroit où aller me restaurer à mi-journée. Au snack de l'hôtel Intercontinental, déguster un repas complet est possible à toute heure du jour et la carte offre de nombreux mets, dont l'un m'a complètement conquis: le "mahi mahi, sauce vanille". Le mahi mahi (nom tahitien du coryphène) est un gros poisson tropical à la chair blanche, très fine et savoureuse.
Hôtel Intercontinental
Une raie léopard
Filet grillé accompagné d'une sauce à la vanille de Tahaa (la meilleure vanille du monde) et de riz, ce plat typique de Polynésie est rapidement devenu un must pour moi, si bien que partout où je suis allé manger, depuis le jour de sa découverte, il a constitué l'essentiel de ma nourriture. Parallèlement à cela, cette sauce à la vanille, non sucrée et apparemment simplement constituée des sucs du poisson, de crème (et/ou lait de coco (?), de vanille, de sel et de poivre, fut une découverte absolument divine et a sans aucun doute fortement contribué à mon plaisir de déguster ce plat. Je vous la conseille vivement et, si le mahi mahi est introuvable chez nous, il peut facilement être remplacé par le thon, ou par tout autre poisson de mer...
L'hôtel Intercontinental dispose également d'un dolphinarium dans lequel il est possible d'aller nager et se faire photographier avec l'un de ses pensionnaires. Je ne l'ai pas fait car je suis très sceptique quant à ce genre de pratique, laquelle, même si l'enclos est incorporé dans le lagon, la privation de liberté de mon animal aquatique préféré m'est difficilement supportable. Mais le dauphin est tellement beau et extraordinaire que je ne résiste pas à vous en présenter deux clichés ici...
Et puis, pour finir, à Moorea j'ai assisté à deux couchers de soleil absolument grandioses. Dans ces îles de l'archipel, ce phénomène est presque toujours accompagné de nuages, plus ou moins importants, ce qui rend les lumières encore plus belles...
samedi 20 juin 2015
Jacques aux Etoiles...
En arrivant à Atuona, sur cette île d'Hiva Oa qui fut ta dernière demeure, je n'avais qu'une idée en tête, Jacques: venir revoir ta sépulture. Mais les 33 heures de voyage m'ayant mené jusqu'à toi m'ont physiquement anéanti. Si bien que, débarquant chez Tania, ma logeuse, qui t'as connu jadis, je n'avais plus de force et rien qu'une idée en tête: dormir. Quatre heures plus tard, corps et esprit tout encore vaseux, je me mettais en route pour, à pied sur les chemins très pentus du village, me mettre à la recherche de ton dernier ancrage.
Je n'ai jamais oublié la topographie très en pente d'Atuona, si bien que deux kilomètres et trente minutes plus loin et plus tard, j'étais au pied de ta tombe. Je l'ai trouvée plus belle, mieux entretenue, resplendissante, pour autant qu'on puisse utiliser ce terme pour parler de ce rectangle de pierre et de terre sous lequel tu te reposes depuis 37 ans.
L'instant où, arrivant par les hauteurs du cimetière du Calvaire, j'en contournais l'angle sud-ouest pour, je le savais très bien, me retrouver face à toi, m'est impossible à décrire avec précision. Trop d'émotion, trop de joie, trop de difficulté à bien comprendre que je n'étais plus dans mon rêve. J'étais là! Mesurant tout autant le temps écoulé depuis ma première visite, que l'intensité de l'incroyable réalité d'avoir tenu la promesse que je te t'avais faite en quittant ton île, au matin du 7 mai 1982. Cette émotion, ce trop plein de sentiments joyeux et tristes à la fois (j'ai 61 ans et je sais que ne reviendrai plus jamais ici), me sont tombés dessus comme l'aigle sur sa proie...
Je n'ai rien vu venir et me suis effondré moralement, tout soulagé que le cimetière fût désert à cet instant précis. Je pleurais mais n'était pas triste, pas de larmes de désespoir ni de joie, rien qu'un mélange indéfinissable de sentiments que jamais je n'avais éprouvés auparavant. Il m'a fallu quelques minutes pour remonter la pente, afin de pouvoir savourer pleinement ces retrouvailles restées trop longtemps hypothétiques. Alors je me suis senti bien, ai respiré l'air vivifiant de l'alizé du Pacifique qui, Jacques, te maintient vivant sous le sol et dans le coeur de tous ceux qui ne cesseront jamais de t'aimer. Revenir en Polynésie, pour moi, c'était avant tout revenir ici...
Parce que je sais ce que je te dois. Parce que tes chansons, tes convictions, ta sincérité, ton honnêteté (tu es le seul avoir fait tes adieux au music-hall et à n'y être jamais revenu), ta façon de vivre tes rêves de gosse et de les réaliser l'un après l'autre, ont fait de moi celui que je suis. Je t'ai découvert quand j'avais 22 ans, alors que mon premier tiers ou quart de vie m'avait laissé reclus dans la timidité, l'insignifiance et le déni de soi. Si je me suis affirmé, comme chacun doit absolument le faire dans la vie, c'est à toi que je le dois, Jacques. Et ça, Alzheimer m'en préserve, je ne l'oublierai jamais...
Au cours de cette semaine passée à Hiva Oa, je suis bien sûr allé visiter l'espace Jacques Brel que la commune d'Atuona a érigé à ta mémoire. Je n'y ai pas appris grand chose parce que j'en sais tant sur toi, mais "Jojo", ton Beechcraft Twin Bonanza presque aussi vieux que moi, m'a beaucoup ému. J'en suis infiniment reconnaissant à la petite équipe de Dassault Aviation qui, connaissant ton amour de l'aviation, a accompli un magnifique travail de restauration sur cette machine qui croupissait depuis trop longtemps sur le tarmac de l'aéroport de Tahiti Faa. En boucle, tes chansons passent dans ce simple hangar rempli de souvenirs. Ce fut aussi une belle émotion que d'écrire quelques mots à ton intention dans un livre d'or extrêmement fourni (notamment, par de nombreux Suisses, cela m'a beaucoup surpris)...
Et puis, tout aussi surprenants sont ces deux projecteurs de cinéma trônant à l'entrée de l'exposition. Tu les avais fait venir ici afin que tes amis Marquisiens puissent profiter de ce 7ème art que tu aimais et dont ils étaient privés. Tout à fait à ton image d'homme au grand coeur. De cette générosité qui était la tienne, le Beechcraft s'en souvient lui aussi, alors que toi, Maddly et lui assuriez la liaison entre les différents petites îles de l'archipel, offrant un service combiné de taxi, de fret et d'avion ambulance...
Le 27 mai, en quittant Hiva Oa pour rejoindre Moorea, j'avais le coeur lourd. Parce que je savais que je n'y reviendrais sans doute jamais. Mais cette semaine passée ici, sur cette île magnifique, sauvage et préservée, au milieu de ce peuple marquisien attachant comme aucun autre à ma connaissance, m'a fait un bien immense et m'a conforté dans ma façon d'envisager la vie : "l'essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu'avec le coeur" (Saint-Exupéry, grand homme de lettres et aviateur)
vendredi 19 juin 2015
Hiva Oa, lundi 25 mai.
Sans doute le plus grand moment de ce voyage. Deux jours plus tôt, alors que je monte à l'aéroport, je fais la connaissance de Vincent Roche. Vincent est un français de métropole, mais il est marié avec une Marquisienne et vit à Atuona. Employé par Air Australes, il est mécanicien avion et assure la maintenance des ATR 72 et du Twin Otter opérant les diverses liaisons inter-îles. Pilote lui-même, il est responsable de l'aéroclub des Marquises "Jacques Brel", fondé en 2008, à l'occasion de la célébration du 30ème anniversaire de la disparition de l'artiste belge. Entre Vincent et moi, le courant s'établit immédiatement et je ne mets guère de temps à lui parler de ce qui me trotte dans la tête depuis mon arrivée ici, trois jours plus tôt: effectuer un vol au-dessus de l'île, à bord de l'avion de l'aéroclub, un rare Socata ST10, monomoteur à train rétractable et hélice à pas variable, datant de 1972. Vincent accepte immédiatement. L'appareil est en maintenance, mais il devrait être prêt à voler dès le lendemain. Je lui laisse mon numéro de portable et il m'appellera dès qu'il disposera d'un créneau pour effectuer ce vol...
Le lundi suivant, en début d'après-midi, il m'appelle. L'avion est fin prêt et, sur le coup de 16 heures, très excité, je suis sur le terrain. Je vais voler au-dessus des Marquises! Comme Brel le faisait, à bord de son Twin Bonanza, entre 1976 et 1978. A 16 heures 30, nous sommes en l'air. Vincent me propose d'aller survoler Tahuata, la petite île très proche (3 km) située au sud d'Hiva Oa. Cinq fois plus petite que sa grande soeur du nord, Tahuata est l'île qui dispose des plus belles plages de tout l'archipel des Marquises. Ici, à cette époque de l'année, le soleil se couche à 17 heures 30. Pour ce vol, il est donc assez bas sur l'horizon et la lumière qui en découle est exceptionnelle. Je mitraille à tire larigot !!! Cette petite île est vraiment de toute beauté. Hiva Oa ne possède que deux plages de sable blanc, mais son relief est époustouflant de beauté. Sur cette île d'à peine 316 kilomètres carrés, le sud (Atuona) est bien plus humide que le nord (Hanaiapa) et la différence de végétation est flagrante. Après 35 minutes de vol, lumière au top pour ce qui est des photos, il nous faut songer à mettre un terme à ce vol qui demeurera, c'est certain, comme le plus beau que j'aie jamais effectué dans un petit avion de tourisme...
Cinq minutes plus tard, nous sommes au sol. Le soleil n'éclaire déjà plus que la dernière partie de la piste et nous rentrons le ST10 au hangar. Dire que mon émotion est intense coule de source. Ce vol restera gravé dans ma mémoire à tout jamais. Il m'a permis de comprendre (un peu) ce qui a fait que Jacques Brel et sa compagne Maddly décident de s'installer ici. Les Marquises sont magnifiques, leurs habitants d'une gentillesse inégalable. Une terre de contrastes, sauvage et préservée, un pays où il fait bon vivre, à 15'000 kilomètres d'un quotidien toujours plus insupportable. Aujourd'hui, de retour de Polynésie, s'il est une de ses terres où j'aurais aimé vivre un peu, c'est bien ici, sur l'île d'Hiva Oa, et nulle part ailleurs.
Merci Vincent! Tu m'as permis de faire de ces 40 minutes de vol, l'un des moments les plus intenses de toute ma vie...
Suivent: vidéo et photos du vol (6 premières: Tahuata - 12 suivantes: Hiva Oa)
Hiva Oa, dimanche 24 mai.
Le bungalow en 1982, et le même en 2015.
Hier, la poisse a continué et mon
ordinateur a rendu l'âme. Impossible donc de poursuivre la mise à jour de ce
blog (que je reprends 3 semaines plus tard, de retour chez moi). Ce dimanche
donc, je passe une partie de la matinée à arpenter les rues du village
d'Atuona, afin de tenter de retrouver le bungalow qui m'avait hébergé ici en
1982.
Tania et Richard, le
fils de Jean Saucourt,
qui m'avait loué le
bungalow en 1982,
A l'époque, sa construction était très récente et le terrain défriché. Je me doute bien que, un tiers de siècle plus tard, la végétation a dû complètement changer, au point de rendre l'endroit méconnaissable. Et, effectivement, il m'est impossible de le retrouver, même si je me souviens assez bien de la zone dans laquelle il a été construit. Tania est certaine de savoir où il se trouve, car elle connait la personne qui (elle en est certaine) me l'avait loué à l'époque. Mais l'homme est actuellement à Tahiti. Un coup de fil passé à son fils et celui-ci répond favorablement à notre demande . Il nous accompagnera dès lundi matin pour une visite du lieu, l'accès (clôturé) au bungalow étant impossible sans lui. J'avoue être impatient de revoir l'endroit où j'avais séjourné une semaine en 1982.
La "Tête de Nègre" Frappant, non?...
La plage de sable noir de Hanaiapa .
L'après-midi est consacré à la visite d'un petit village nommé Hanaiapa. Situé de l'autre côté de l'île, le hameau est de toute beauté. Baignant dans la verdure, les fleurs et les arbres fruitiers, il est bordé au nord par une baie tout aussi magnifique, laquelle attire irrémédiablement le regard car, au milieu de son plan d'eau, un rocher présente un relief des plus troublants : la "Tête de Nègre". Vue de la plage, cette masse rocheuse, isolée et jaillissant de l'eau, offre trois profils différents, dont celui d'une tête africaine est le plus évident ; mais les deux autres, lorsque l'on zoome sur le sujet, le deviennent tout autant (voir photo). A Hanaiapa, comme c'est dimanche, beaucoup d'enfants batifolent sur la plage et dans les flots. Au bord d'un petit étang recouvert de nénuphars et de fleurs roses et mauves du plus bel éclat, une fratrie de quatre enfants, intriguée par mon volumineux matériel photo, s'approche, sourires aux lèvres. Les bambins veulent tout savoir de moi et de cet attirail qui les intrigue au plus haut point. Je passe ainsi une bonne demi-heure en leur compagnie.
De gauche à droite : Hardy, Vaihee-Ani, Moerava et Moïse
Leur gentillesse spontanée me touche beaucoup et c'est pour moi une joie de que d'échanger des propos avec ces enfants remplis de joie de vivre et d'intérêt pour ma petite personne. Je fais plusieurs photos d'eux et, plus tard, sur la plage, ils me présentent leur maman, laquelle me donne son adresse mail afin que je puisse lui envoyer les clichés de ses enfants...
Tania, dans le livre d'un voyageur consacré aux îles Marquises.
Je passe la soirée à la pension, en compagnie de Tania et de trois ouvriers logeant sur place. John, Lionel et leur chef Vetea (si vous voulez le taquiner, appelez-le TVA), sont tous extrêmement sympathiques et d’un abord aisé (comme tous les autochtones que j’ai rencontrés ici). Natifs respectivement de Raiatea, Tahiti et des Australes (l’archipel situé le plus au sud de la Polynésie française), ils sont ici afin de remettre le réseau électrique aux normes. Depuis hier, je demeure le seul touriste logeant à la pension Kanahau, dirigée par Tania. La cuisine de cette femme est à son image : exceptionnelle! Variés et à base de produits locaux (surtout poissons et légumes), les mets qu'elle nous prépare chaque soir méritent à eux seuls le voyage dans cette île minuscule du Pacifique. De plus, pour les petits déjeuners, elle confectionne elle-même des confitures de fruits exotiques méritant tous les superlatifs: mangue, papaye, goyave, hibiscus et autres, ma préférence allant vers celle de banane et citron vert (une merveille de saveurs)...